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La Promenade ou l’invention d’une ville

Panorama illustré du front de mer Niçois, depuis Rauba Capèu jusqu’à l’aéroport, réalisé en 2015, par le Photographe Olivier Monge. Ce travail procède d’une commande faite pour l’exposition « La Promenade ou l’invention d’une ville », présentée au musée Masséna durant l’été 2015.

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De Sainte-Hélène au Var

Dès le XIXe siècle, les rives du Var offrent une zone propice à l’installation des grands équipements de loisirs, comme le parc du Bois de Boulogne, l’hippodrome, l’aérodrome ou encore les studios de cinéma, témoins d’une activité en plein essor. Le développement urbain, conséquence de grandes mutations économiques et démographiques, va peu à peu s’étendre jusqu’au lit du Var, conquérant les quartiers de Sainte-Hélène, ou encore le hameau des pêcheurs de Carras. Les régates, les meetings d’aviation animent ainsi cette extrémité de la Baie des Anges.

Au XXe siècle, l’aéroport devient le point d’entrée international de la ville, à l’instar de la gare au XIXe siècle. Le Centre Administratif Départemental et le Marché d’Intérêt National relancent l’activité économique dès 1965, suivi de près par le centre d’affaires de l’Arenas. Aujourd’hui, un vaste projet de pôle multimodal est en cours de réalisation, afin de relier par une ligne de tramway, l’aéroport et une gare TGV au centre-ville de Nice, remplaçant ainsi la promenade des attelages du XIXe par une desserte moderne, silencieuse et rapide.

De l’avenue Gambetta à Fabron

Cette partie de la Promenade des Anglais est révélatrice de la complexité de son histoire. Elle abrite la plus ancienne villa aristocratique subsistant, l’actuelle Villa Furtado-Heine, qui fut, à la fin du XVIIIe siècle la résidence de lady Penelope Rivers, figure de la première communauté anglaise. Elle réunit également quelques-uns des plus remarquables immeubles d’appartements construits dans les années 1930, 40 et 50 comme le Forum et le Capitole de l’agence Dikansky, ou le Palais Mary et le Gloria Mansions de Kevork Arsenian.

Les rues perpendiculaires à la Promenade des Anglais croisent la vieille route, devenue rue de France, et conduisent vers les hauteurs de la ville, croisant de nombreux espaces verts comme le square Alsace-Lorraine.

Avenues, rues et squares sont bordés d’immeubles remarquables, notamment de nombreux « Palais », immeubles d’habitation. Les collines, elles, conservent un caractère plus élitiste, avec leurs belles villas et jardins d’acclimatation, notamment sur la colline des Baumettes, ou leurs résidences princières, sur le Piol par exemple, quartier par excellence des Russes, qui y construisent leur cathédrale.

De l’hôtel des Anglais au Forum

Les nouvelles vagues d’hivernants, se porteront, en rive droite du Paillon, vers les réserves foncières d’une zone encore agricole, qui présente bien plus d’avantages pour l’aménité de leur séjour et leur permet un « entre-soi » très apprécié. Le quartier de la Croix-de-Marbre, dit « New Borough », est le germe d’une véritable nouvelle ville, faite pour l’agrément et pour la promenade, dans des espaces publics ornés de végétaux exotiques. Progressivement, le « Chemin des Anglais » devient la Promenade du même nom, bordée de grands hôtels et de villas. Elle devient le cœur de la vie mondaine, le lieu où il faut être vu. C’est là que se concentrent, au XIXe et au XXe siècle, quelques-uns des bâtiments les plus emblématiques de la ville nouvelle, comme le palais de la Méditerranée, ou la Jetée-promenade, hélas détruite pendant la seconde guerre mondiale.

Après les discrets chariots ou cabines de bains, les établissements et aménagements balnéaires commencent à fleurir le long de la Promenade, ainsi que ces pergolas qui ombragent les bancs et chaises offerts au repos des promeneurs. Le ruban de palmiers est également un élément fondamental de l’identité du site. Leur acclimatation a fourni à ce paysage une nouvelle identité dont on ne saurait aujourd’hui se passer.

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De Rauba Capèu au jardin Albert Ier

Le quartier dit « Villa Nova », créé en 1717, est l’extension de la vieille-ville sur le « pré-aux-oies » à l’embouchure du Paillon. Cette première étape de l’urbanisme régulé Turinois montre le goût nouveau pour des rues plus larges, aérées, pour un quartier résidentiel comportant des lieux de promenade comme les Terrasses des Ponchettes, dont l’édification, à l’emplacement de l’ancien rempart sud, commence dès les années 1770, ou le parc de la colline du Château, créé à partir de 1828, et qui dotera le bord de mer niçois d’une « toile de fond » richement végétalisée, tant avec des essences locales que d’autres, exotiques. Cette première ville nouvelle offre également aux hivernants, l’agrément de la programmation du Théâtre royal, et la possibilité de fréquenter bibliothèques et salons.

Panoramique de la Promenade des Anglais en noir et blanc, 2015 © Olivier Monge / MYOP

Nice candidate à l’UNESCO

Nota bene

La Promenade des Anglais, partie intégrante du périmètre proposé par la Ville de Nice à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial, est le symbole même de l’invention d’une ville neuve. Elle servi de modèle de référence à de nombreuses autres créations urbaines. Cette Promenade est une réalité vivante, qui n’a cessé, en deux siècles, de croître et de se transformer, d’accompagner les mutations des pratiques touristiques, du tourisme élitaire du XIXe siècle au tourisme de masse, mais aussi de stimuler l’imagination des écrivains, des cinéastes, des peintres et des musiciens.

La Promenade des Anglais a été durement frappée le 14 juillet 2016 par un attentat qui a fait 86 victimes. La Mission Promenade des Anglais salue leur mémoire avec respect.

En 2014, le Maire de Nice, Christian Estrosi, annonçait son souhait de faire inscrire la Promenade des Anglais sur la Liste du patrimoine mondial. L’exposition présentée au musée Masséna, du 12 juin au 4 octobre 2015, dont le commissariat était assuré par Jean-Jacques Aillagon, se proposait de mettre en lumière la Valeur Universelle Exceptionnelle du paysage urbain que constituent la Promenade des Anglais et le tissu urbain qui l’entoure.

Depuis cette date, grâce aux conseils de nombreux experts, la Ville de Nice a arrêté un périmètre proposé à l’inscription plus large. Il inclut la ville neuve du XVIIIe siècle ainsi que les quartiers du centre-ville et de collines, qui se sont développés au XIXe et au début du XXe siècle pour l’accueil des visiteurs du monde entier.

Quelques mots d’histoire

L’hivernage climatique ou l’ouverture de la ville sur la mer

Du Moyen-âge au rattachement définitif de Nice à la France, la ville fortifiée autour de la colline du Château s’ouvre progressivement, vers la mer, puis vers l’autre rive du Paillon. Les résidents étrangers fortunés venus profiter de la douceur de l’hiver à Nice, créent à partir du XIXe siècle, une ville nouvelle juxtaposée à la vieille-ville. L’objet de leur séjour est la jouissance d’un paysage enchanteur, offrant de multiples points de vue sur les collines avec, à l’horizon, le rivage et la mer. Ces migrations hivernales ont aussi un autre ressort, l’intérêt pour les nouvelles théories hygiénistes et thérapeutiques qui fondent sur la douceur du climat et la pratique des bains de mer, une vie plus saine, voire la guérison de divers maux. La densité de plus en plus grande de ces hivernants finit par créer une véritable société avec ses usages, ses habitudes et ses occupations.

Du « New borough » à une ville nouvelle

Le « Chemin des Anglais », cette voie littorale née de l’initiative des britanniques résidant dans le nouveau quartier « Croix-de-Marbre », est ainsi le témoin et le symbole même de l’émergence d’un urbanisme nouveau. Ce développement donne naissance à des constructions remarquables, suivant les modes architecturales successives, pour accueillir les villas, pensions, hôtels, palaces, casinos, clubs, ou églises dédiées à des cultes variés. De 1832 à 1860, le Consiglio d’Ornato encadre très fortement ces constructions, réglant la trame des voies et des places et contrôlant chaque projet. Cette ville dédiée à l’aristocratie internationale est également le cadre d’une vie artistique et littéraire intense. A partir du rattachement définitif à la France en 1860, les représentants des classes dirigeantes de toute l’Europe viennent se joindre aux aristocrates pour passer l’hiver à Nice, puis l’arrivée en 1864 de la voie ferrée accentue encore cet élan nouveau, offrant une publicité touristique sans précédent pour Nice et la Côte d’Azur.

Du tourisme d’hiver au tourisme d’été

Nice témoigne des mutations successives de l’activité touristique et notamment du progressif glissement, après la guerre de 14-18, du tourisme d’hiver au tourisme d’été. A partir du Front populaire, et surtout de l’après-guerre, ce « nouveau tourisme » devient également plus populaire. Il s’installe dans le canevas de la « ville d’hiver », faisant émerger de nouvelles architectures du XX° siècle bien souvent remarquables. Sans délaisser le tourisme d’hiver comme en témoigne encore aujourd’hui la foule cosmopolite qui se presse au Carnaval, Nice offre ainsi un paysage culturel vivant et exceptionnel.

L’exposition in situ